Nevers let love in

Nevers aujourd’hui m’apparaît cinématographique, avec ses territoires urbains intacts et ses décors néoréalistes pasoliniens. Ce que j’y ai vécu active encore mon présent. Ici, comme ailleurs, toujours ce même constat de faillite des systèmes de production qui assassinent et broient le genre humain. Chaque détour de rue, chaque habitation provoque cette troublante sensation de frustration et de fatalité mêlées. Le fleuve au courant tumultueux en est le reflet.  Les tourbillons  de la Loire vous engloutissent par surprise. Si vous avez aimé Berlin, Vladivostok ou Varsovie, Nevers vous conviendra pareillement.?Cette petite ville et sa périphérie vous transportent d’emblée dans le road movie de sa réalité ordinaire. Projections de petites violences et petits bonheurs : les filles et les garçons se marient, les femmes enceintes sont admirées dans les supermarchés, les 4X4 de gros jouets pour des gars qui ne sont pas des pédés, le tuning une religion montante.?

Point de départ, à l’aube, le quartier de la gare et son avenue vide et verticale.?La maison de la culture, des sports et des loisirs s’exprime sans retenue alors que le centre culturel Jean Jaurès se revitalise post modern et post mortem avec les fragments témoins des ateliers de l’ancien lycée technique. Plus loin, la tour de lumière érigée devant le lycée Jules Renard fait tristement oublier la présence de l’église Sainte Bernadette imaginée par Claude Parent et Paul Virilio au cœur du Banlay.?La nuit, le pont de chemin de fer souligné de néons blancs projette sur le fleuve une lame dansante de mercure.?

À la Jonction, les eaux de la Loire, du canal et de la piscine municipale se mélangent. Sur les berges, le Peuplier Seul est l’endroit choisi par Pierre Bérégovoy pour l’ultime voyage le 1er mai 1993.?Le quartier des Courlis en bout de ville, à la tombée du jour, s’étire entre la halle expo, le centre commercial déserté et les barres HLM répétitives aux balcons beiges sur fond de caserne de police. Les voies d’eau et digues du petit canal de dérivation entre la Nièvre et la Loire dissocient les quartiers. Le Tonkin se visite à pied, en automne, sous la pluie. L’étroit ruisseau, l’Éperon, révèle dans l’angle de la rue Simon Marion une ambiance moite d’Asie. Le panoramique autour du stade Faidherbe s’identifie aux réseaux infinis des lignes et infrastructures ferroviaires. Le Heart of glass de Blondie nous conduit jusqu’à la zone commerciale des Grands Champs par le petit chemin le long de l’aérodrome de l’armée de l’air au dôme argenté. Les halles aux chaussures et les impudiques hypermarchés pour pauvres offrent le suicide mode d’emploi à 2 euros seulement. Au nord de la ville, la cité des cheminots de Varennes-Vauzelles représente une conception exceptionnelle d’urbanisme global où s’articulent, en modules diversifiés, les habitations ouvrières.

Nevers se situe à 200 kms au sud de Paris.