Quel est votre rapport à DADA (1916-1924) tel qu’il s’est développé en Europe et aux Etats-Unis ? Avez-vous été influencé par cet état d’esprit de l’avant-garde historique ? Quelle est votre position par rapport à la question de la subversion en art, que le mouvement DADA a posé en son temps, et qui se pose de manière nouvelle aujourd’hui ? En quoi la subversion (et de quoi ?) vous semble-t-elle aujourd’hui nécessaire ou même possible ? Entre subversion et cynisme, existe-t-il selon vous d’autres voies ?

DADA proclamait un état de totale métamorphose à l’aube de l’industrialisation. Il détériorait les valeurs morales bourgeoises. DADA était manifeste et politiquement irrévérencieux, il crachait sur le système établi. DADA révélait le non-sens de l’objet, de l’image, du corps, du texte, de la voix, du son, de la lumière, de l’air… La plupart des périodes de l’art du 20 eme siècle y sont restées approximativement fidèles dans les formes et les attitudes. Du POP avec la représentation grotesque des premières icônes de la société de consommation, hippy avec les voyages sous acides lors d’initiations psychédéliques anamorphiques déstructurant les perceptions. Au PUNK destroy et teigneux à l’encontre des crises, sacerdoce tribal de l’esthétique du chaos et de l’aliénation. Certaines fictions,à partir d’objets, d’équipements, de lieux, d’évènements et d’espaces, que j’ai formulées peuvent être proches du détournement de sens de DADA. J’ai trouvé ma stimulation dans « Pharmacy »* de Marcel Duchamp et dans le PUNK 77 après un passage au festival de Mont-de-Marsan en août 78, dans Suicide, Cabaret Voltaire et Métal Urbain ainsi dans les réseaux du rock alternatif et les récits sonores romantico-destructeurs d’Einstürzende Neubauten et Otomo Yoshihide. Les artistes post-Duchampiens furent souvent de bons élèves produisant trop de maniérisme dans la méthode et pas assez de sens dans les implications.

Actionistes et viennoiseries !
Aujourd’hui quand j’entends le qualificatif de subversif ou d’activiste dans l’art, je crie au secours ou j’éclate de rire. Dans le monde où nous vivons je ne vois pas comment l’art est activiste et encore moins subversif, mise à part qu’il demeure essentiel pour le plaisir. Quand je m’approprie tel ou tel sujet de la société refoulée et machiavélique à laquelle j’appartiens et que j’en restitue les affectations dans certaines de mes installations, c’est par plaisir pervers, une façon d’être inutile. Lorsque je déclare « je suis une merde »* ou que j’aligne une centaine de caisses gerbables rouges, pleines de cannettes vides de bières Kronenbourg, le long des murs de la galerie la Salle de Bains à Lyon avec comme titre, l’échange du logo de la marque contre celui de « mon combat »* Je n’ai jamais imaginé changer le monde avec ça. « L’activisme est réellement dans l’acte des pilleurs qui détruisent les pièces du musée archéologique Irakien devant les soldats des forces du bien restés passifs ». et les milliers de trous creusés dans le paysage, par de jeunes immigrants africains pour 50 euros par jour, pour le compte d’une esthétique de l’exploitation humaine, très prisée, sont une représentation activiste de l’humiliation d’un cynisme fascisant.

Sid Vicious et Johnny Rotten n’ont qu’à bien se tenir.

Claude Lévêque, avril 2003.